Les citations sérieuses du docteur Chabry

14 janvier 2020

La robe noire

 

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catastrophe, être humain, homme, malheur

"Les catastrophes surviennent rarement dans un ciel serein. L'être humain est souvent dans la reproduction du malheur."

vocation , moteur, avocat, humanité, vie

"Quel était donc mon moteur ? Durant plus de trente ans, j'ai croisé tous les cas possibles, tous les cas imaginables de justiciables Jamais je n'ai constaté l'absence d'humanité parmi ceux qui étaient pourtant soupçonnés d'actes plus atroces les uns que les autres...L'humanité, et si c'était en fait la simple et bonne raison pour laquelle je m'étais donnée sans compter ? Et si, laissant le "droit", l'analyse des textes, la discussion de la loi à tous les autres, je décidai d'expliquer cela, cette matière sans laquelle à mon sens un avocat ne peut remplir vraiment sa fonction, ne peut tout simplement pas être bon. L'humanité, tout simplement, la tolérance sans nier la vérité, la justice en un mot. Je me suis donc laissée convaincre, quitte à dérouter le lecteur qui considérerait que la loi, la justice, le métier d'avocat se trouvent dans les textes et non, comme je le crois, dans la vie."

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11 janvier 2020

Même les monstres

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pauvreté

" C'est ce mot et lui seul qui divise le monde, qui conduit aux infractions, aux désordres, aux terreurs."

audience, doute, gars, rire

" Quand j'ai commencé à travailler comme avocat, j'assurais ce que l'on appelle les audiences "de comparution immédiate" après avoir été appelées " de flagrants délits". Il s'agissait d'examiner un dossier à toute allure, et de le plaider dans la foulée, à la chaîne. Il paraît que la justice est trop lente, on s'en plaint, on vitupère, mais dans ces moments-là, j'ai rêvé de lenteur...Je voyais défiler les prévenus sans avoir le temps d'échanger suffisamment avec eux, de chercher dans leurs récits, dans leur voix et dans leurs yeux les indices qui pourraient m'aider à les défendre. Je devais le faire pourtant...Et parcourir le dossier, le décrypter dans la forme et dans le fond, en recenser les éventuels vices de procédure et les contradictions. Chacun connaît l'expression " au bénéfice du doute", c'est un réel principe de droit, on ne peut en théorie condamner quelqu'un dans le doute. Alors, je me suis efforcé de me demander dans chaque affaire s'il subsistait le moindre doute, à défaut d'aveu, ou même parfois en présence d'aveu. Un doute, quelque grain de sable qui contrarierait l'évidence. Cette théorie du doute devient une religion quand on défend et, contrairement à ce que l'on dit souvent, c'est un bienfait, une chance pour la démocratie. La condamnation est une porte fermée, une réclusion dans tous les sens du terme."

" A l'audience correctionnelle me vient le souvenir de cette femme trahie par son oreille et sa voix devant le président qui l'interroge : "Vous avez eu des dégâts ?" - Non, monsieur le président, je n'ai eu que des filles." Elle avait entendu " des gars". Chez elle, on disait "des gars" et, dans sa maladresse, elle disait une chose forte : elle espérait qu'on lui parlerait ici comme on lui parlait chez elle. Il s'en est suivi un rire général dont je ne sais pas ce qu'il faudrait dire ou écrire, si ce n'est que je l'ai partagé et que j'en éprouve encore une honte."

apprendre, procès, livre

"A mon arrivée au barreau, j'avais un visage d'enfant si bien qu'un magistrat m'avait conseillé de me laisser pousser la barbe ou la moustache, quelque chose qui m'arracherait à l'apparence de l'enfance. Il me fallait apprendre et faire de ces lieux si exceptionnels que sont les tribunaux des lieux banals et familiers. On ne nous apprend rien nulle part, apprendre c'est mettre sa peau dans les choses, c'est risquer. On ne nous apprend ni l'amour, ni le travail, il faut se brûler, plonger dans le vif, y croire et avancer."

" J'ai appris le monde de mille manières, mais les plus fortes, les plus définitives restent les livres et les procès.

avocat, acte, faute, torture

" C'est une position interdite pourtant que cette familiarité avec le "client". On vous la déconseille d'emblée. Mais c'est plus fort que moi, je veux être à côté d'eux quand on les juge, écouter ce qu'ils racontent, chercher à comprendre comment tout est arrivé, cerner l'ambiguité des actes. Celle qui fait qu'aucun acte n'est clair, qu'aucune faute n'est littérale."

"J'ai très souvent défendu des gens qui ne reconnaissaient pas les faits alors que tout les accablait....Il ne faut pas chercher la fourberie ou l'effronterie dans ce comportement, il faut y voir la peur de faire face à la vérité froide et violente, la peur d'être jugé. Pourquoi attend-on des coupables un courage supplémentaire, une honnêteté radicale puisqu'au bout du compte on veut les condamner ?"

" Un procès me revient encore. Le jeune homme est marqué....il fait partie d'un groupe poursuivi pour avoir torturé un handicapé. Tout fait horreur, la torture et la nature de la victime. Il me regarde d'un air absent, il ne semble pas concerné, il est au tribunal comme il doit l'être dans les caves de la cité, il suit le mouvement.....Je suis interpellé par cette forme de passivité, il ne veut pas être là. Mais le tribunal l'interroge, il ne sait pas quoi répondre. Il n'est pas possible d'expliquer un acte de cet ordre, il n'a pas de mots, il n'a pas de raison, c'est un acte injustifiable. Mais peut-on s'arrêter à cela, considérer que ces actes sont inexplicables et injustifiables, et que nous serions soumis à un vide absolu du sens ? Battre en retraite, renoncer à toute défense...S'il y a un acte alors quelque chose en est à l'origine. Pourquoi torturer un plus faible que soi, un être sans défense à qui on n'a rien à reprocher ? Je retourne la question, je la tords dans tous les sens, je cherche une réponse, qui était pourtant contenue dans la question elle même. Un plus faible que soi. Parce qu'on n'a rien, qu'on n'est rien, qu'on veut pourtant tout à coup être plus fort, dominer. Il ne reste que cette possibilité consternante : s'en prendre à plus faible et plus malheureux que soi. Ne pas fouiller cette abjection pour en clarifier les ressorts, ce serait faire gagner la pulsion inconsciente de cette violence et l'abandonner à la satisfaction générale de cette idée du mal qui arrange. J'ai prononcé ces mots, "plus faible que soi", et le  jeune homme hébété s'est soudain décomposé. Je l'ai vu afficher de la honte et reconnaître le moteur intime qui l'avait transformé en tortionnaire. Inexcusable mais pas indéfendable.Il a baissé les yeux et, par un timide hochement du menton, a acquiescé. Défendre, ce n'est pas masquer mais dévoiler"

justice, avocat

"La justice est un spectacle, elle est une chose publique, cette exhibition me gêne.....aucune affaire importante sans voir accourir au tribunal des hordes de caméras. Je la comprends bien cette envie de savoir, cette envie de voir, de se mêler au roman des gens. Mais j'ai peur de la surface des choses. Un procès est toujours complexe. Défendre, c'est comprendre ce qui se trouve derrière les gestes, derrière les comportements ; où cela commence un geste ? Dans quelles circonstances, par quel enchaînement ? Comment toute la vie de quelqu'un prépare patiemment le moment terrible du passage à l'acte ? Il faudrait du temps, du calme, et pas seulement ce bruit et cette fureur."

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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07 janvier 2020

Si ce livre pouvait me rapprocher de toi

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héritage

"La nuit, fumant des cigarettes sur la véranda, il m'arrivait souvent de réfléchir à l'héritage, à ces biens inestimables que les pères sont empêchés de léguer à leurs fils, ces fortunes à jamais perdues et enterrées. Je pensais à tous ces trésors de l'esprit, ces savoirs accumulés, cette expérience, cet usage du monde, cette mémoire du temps et des saisons, cette connaissance d'une langue étrangère, des fièvres de la joie et du poids de la peine, je pensais à tout ce patrimoine précieux à jamais muré et enseveli dans la tête des morts."

 

livre

" Faire un livre est une chose très simple. Il suffit de ne pas vivre. De s'arrêter, d'attendre que les morts sortent de terre, les sentiments de l'oubli, et les vers de la vase. Il suffit de décomposer les images du bonheur pour entendre, derrière le bruit des bouches qui s'embrassent, résonner le murmure des indicibles questions que chacun porte en soi."

 

accolade, hug

" Rien ne m'était alors plus insupportable que leurs hugs, ces abominables accolades artificielles et publiques à l'occasion desquelles chacun nous prenait dans ses bras et frictionnait notre dos comme si nous étions les rescapés d'un naufrage."

déprime

" Que dire de ce que fut ma vie avec Anna Davenport ? Pas d'amour passionné, pas de sexe débridé ni de perversion marquante. Peu de peine, quelques rares moments d'exaltation, pas d'enfants, bien entendu. Une maison vide la plupart du temps. Des penderies remplies de vêtements bien coupés et de chaussures à talons. Un lit "king size" importé de Détroit et offert par sa famille. Une odeur prégnante et fleurie, des tubes de Neutrogena, un parfum de Grès, dans sa salle de bains. Une brosse à dents, un rasoir électrique, une pierre d'alun, dans la mienne. Sur sa table de nuit, Les Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations d'Adam Smith. la Situation de la classe laborieuse en Angleterre d'Engels, dans ma bibliothèque. Un téléviseur à écran large. Une tondeuse à gazon autoportée. Deux voitures, dont une vieille décapotable pour mon usage. Un peu d'égoisme, pas mal de résignation, des petits mensonges à usage courant. Et un chien. Je crois n'avoir rien oublié."

"Parfois j'allais chercher un plat surgelé dans les compartiments éclairés de mon congélateur. Cette lumière là, cette modeste ampoule de quinze watts jaillissant des ténèbres glacées aussitôt que j'entrouvrais la porte, était bien la seule chose, le seul objet qui semblait m'attendre, me reconnaître."

 

juge

" Le juge aux affaires matrimoniales, l'après-midi même, m'avait signifié les termes de ma nouvelle solitude. C'était un magistrat au visage lourd et poreux, imprégné du malheur de tous ceux qui avaient défilé dans son bureau."

vie, existence

"Pareil à un avion doté d'une aile un peu plus courte que l'autre, je n'ai eu de cesse de voler de travers, simplement pour me maintenir en l'air et compenser ce défaut d'équilibrage."

voyage

"Je décidais de partir pour un voyage dont j’ignorais la destination et la durée, mais que je savais à l’opposé d’une villégiature. J’étais désargenté, désenchanté, mais je voulais me replonger dans le courant de la vie, me battre pour ou contre quelque chose, retrouver l’envie de bonheur et le goût de la peur, lutter contre la force des vents, éprouver la chaleur, le froid, casser des cailloux et, s’il le fallait, creuser la terre, creuser profond, pour y ensevelir mon trou."

conversation, mots

" Dans la tiédeur du soir, ces conversations anodines brassaient l'air comme un ventilateur de plafond, rafraîchissaient l'esprit. Ces phrases ne demandaient aucune réponse, aucun effort de compréhension, il n' y avait rien à en retenir. A mes oreilles tous ces mots tintaient comme des glaçons avant d'être emportés dans l'oubli par la brise du soir."

esprit, sensation, mental, raison

" Nous avons tous éprouvé ce genre de sensation lorsque, à la suite d'une période de confusion mentale, tous les éléments du puzzle, virevoltant aux quatre coins de l'esprit, descendent lentement du plafond de la raison pour s'assembler au sol en une mosaïque parfaite."

aéroport, famille

 " De Cincinnati, je ne vis que la salle de transit, à l'aéroport. Elle était semblable à toutes les autres, avec ses boutiques de cravates, ses magasins de petit luxe, ses comptoirs de restauration rapide, ses marchands de souvenirs, et ses vieux passagers rhumatisants véhiculés en voiturettes électriques vers des portes encombrées où les attendaient une meute de gendres et de brus pressés de leur infliger le poids de leur affections obligées."

dicton, nouvelles

" J'aurais bien aimé t'apprendre de meilleures nouvelles, mais comme on dit : "Le facteur n'écrit pas le courrier qu'il transporte."

Toulouse, étranger, monde

" -Vous habitez Paris ? - Non, Toulouse, dans le sud. - Toulouse ? Nous y sommes allés une fois. Comment dire ....Pour nous, en fait, c'est déjà l'Espagne. Hein, Chet ? C'est ce que nous avons pensé tout de suite : voilà une ville vraiment espagnole. Avec tout ce que cela sous-entend. Cette vision américaine du monde, cet éternel partage entre un Nord raffiné et le Sud des barbares, faisait de moi un étranger à mon propre pays, une sorte d'immigré semi-clandestin, un demi-Mexicain vivant à la lisière de la Civilisation."

 

 

 

 

 

05 janvier 2020

Les grandes plaidoiries des ténors du barreau. Quand les mots peuvent tout changer

 

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aveu

" Il n'est pas le seul à avoir avoué un crime qu'il n'a pas commis. Sachez, Mesdames et Messieurs les jurés que les précédents sont nombreux, hélas...il s'agit de jeunes gens, comme Ranucci, abandonnés, seuls, incapables de résister à la pression psychologique exercée par des policiers expéimentés et convaincus de leur culpabilité. Mais l'aveu n'est pas une preuve en droit français. L'aveu, c'est au contraire le fil d'Ariane de l'erreur judiciaire, c'est sa fusée porteuse ! "

avocat

" plaider c'est rechercher la fraternité, dit-il. Les mots doivent rendre à l'accusé sa dimension humaine."

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02 janvier 2020

Le maire qui aimait les arbres

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automobile

" Tout ce qui aurait pu donner un peu d'aise aux humains, dans cette ville à la trame dense, avait été abandonné à l'automobile. Plus de chaises de mémés, plus de marelles de petites filles, plus de vélos de gamins couchés par terre. Les apéros de voisins confinés dans les maisons, les boulistes déportés au boulodrome."

 

lumière, ombre, arbre

" Elle lui apprit aussi à se méfier de la lumière, c'est à dire qu'elle lui réapprit à se délecter de l'ombre. Depuis la nuit des temps, ou au moins depuis le Néolithique, l'ombre a accompagné le loisir des hommes. Le travailleur harassé rentrait chez lui, après sa journée de travail, rejoignant l'ombre fraîche de la ville l'été, l'ombre tiède du foyer l'hiver. Le repas de midi se prenait en lisière du champ, à l'ombre de la haie brise-vent; le repas du dimanche sous la tonnelle et  le pastis sous le platane.Où mieux faire la sieste que sous le tilleul, où mieux faire l'amour que derrière les persiennes closes ?

 

football, arbre

" A force de faucher de plus en plus largement autour des chemins, on avait fini par faire se rejoindre ces espaces asservis, les amenant à la plus noble expression, la quintessence idéalisée de la Nature vue à hauteur d'homme : le terrain de foot."

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18 décembre 2019

Un homme

 

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bijoux

" Mon père engageait toujours deux gamines tout juste sorties du lycée, des petites de dix-huit vingt ans pour lui donner un coup de main au comptoir....Quand on le leur demandait, elles essayaient les bijoux, elles faisaient les mannequins, et avec un peu de chance, la cliente se décidait à acheter. Notre père nous le disait, quand une jolie fille porte un bijou, les autres femmes se figurent qu'il va faire le même effet sur elles."

épreuves, vie, divorce

" elle ne savait que revivre les difficultés résultant du divorce de ses parents, et avouer à son père son vieux rêve tenace de les voir se réconcilier, lui et sa mère .."Mais on ne réécrit pas l'histoire", lui dit-il doucement..."Il faut prendre la vie comme elle vient. Tenir bon, et prendre la vie comme elle vient. Il n'y a pas le choix."

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10 décembre 2019

Baiser féroce

 

 

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homme, argent

" - Don Vitto, qu'est-ce qui se passe ? Vous comptez pas le fric ? - Y a deux types d'hommes. Ceux qui comptent le fric et ceux qui le pèsent, Nicolas. Ceux qui le comptent en ont pas. Ceux qui le pèsent en ont."

" Dis-moi un peu, Nico : les armes que je vous ai données, vous les gardez pas dans la planque dela Via dei Carbonari ? - Comment vous savez que j'ai une planque ? - Je sais tout sur toi. C'est moi qui t'ai fait. La pomme ne tombe jamais loin de l'arbre et tu es ma pomme."

tuer

"T'as dix-huit ans ? T'as ton permis de conduire ?" Embarrassé, Nicolas a hoché la tête. " Bravo, a approuvé l'archange. Mais le permis le plus important, c'est le permis de la lame." Un couteau à cran d'arrêt est apparu sur la toile cirée recouvrant la table."

 nouvelles

" Elle dit que c'est une affaire urgente  Mais qui c'était ? Elle a laissé un message pour moi ? Oui. Elle sera là demain. Elle t'attendra. Demain paraît encore loin, a songé Greta. Mais c'était un réflexe car sa mère lui avait enseigné que les nouvelles de peu d'importance se présentent immédiatement, poussées par des gens qui se les passent tel un témoin. Au contraire, les mauvaises nouvelles, sombres et brutales, ont du mal à vous trouver, on doit les attendre."

aveu

" Biscottino est descendu du miniquad et est rentré chez lui avec sa mère. Main dans la main. " C'est vrai que tu l'as tué ?" lui a-t-elle demandé une fois de retour dans l'appartement. Elle s'est accroupie pour placer son visage face à celui de son fils, les yeux dans les yeux. Mais Biscottino a baissé les siens et n'a rien dit. "A moi tu peux me le dire, non ?" Biscottino a secoué la tête, mais faiblement, incapable de nier une accusation aussi grave. Pour dire oui, il aurait dû rassembler encore plus de forces, et là, devant sa mère, il n'a pas pu les trouver. Elle a baissé le menton vers lui pour qu'il la regarde. Sa main tremblait. L'espoir était un gouffre, un mirage lointain auquel on ne peut plus croire. "Faisons comme quand tu étais petit. Si c'est vrai, donne moi un baiser, d'accord ?" Et il a posé sur sa joue un baiser humide, un baiser d'enfant."

 

décision

" " Pourquoi vous m'avez pas bandé les yeux pour m'amener ici ? a demandé Nicolas, traînant maladroitement son fauteuil afin de se rapprocher du bureau. Pablo l'aurait fait. - Monsieur Fiorillo, nous ne sommes pas dans un épisode de Narcos, a répondu l'homme, amusé. Aujourd'hui, les décisions sont prises par des bureaucrates, des comptables, des financiers. On agite les chiffres et les chiffres agitent les choses. Pablo n'existe pas."

traître, ennemi

" - Vous savez qu'ils ont essayé de me buter ? a vivement répliqué Nicolas. Il n'était pas surpris que l'Archange soit au courant....." La paranza va trouver qui c'est", a conclu Nicolas....."Tu sais, Mahaja, si les autres regardent en haut, tu dois regarder en bas. Si les autres regardent dehors, tu dois regarder dedans. Il faut toujours regarder là où les autres regardent pas, a expliqué l'Archange en sirotant son whisky. Quand ces choses là arrivent, il faut fouiller dans les poches de ses amis, pas dans celles de ses ennemis. Un panier de pommes est plus dangereux qu'un nid de vipères. Le problème c'est jamais les vipères."

" La meilleur façon de tuer un ennemi est de l'épouser."

vin

" Ah ! a-t-il commenté en claquant la langue. Excellent. Un bordeaux, quatre-vigt-quinze pour cent merlot. 1990, super millésime." Lentement, il en ap ris une gorgée plus longue, puis il a posé son verre sur l'accoudoir du fauteuil. "C'est important de célébrer les grandes occasions, Nico, sinon toutes les heures se ressemblent."

 

 

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27 novembre 2019

Le ciel par dessus le toit

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prison, odeur, sentiments

 "Ce pays avait heureusement fermé ces prisons-là, abattu les murs, promis juré qu’il ne construirait plus ces lieux barbares où les enfants ne pouvaient ni rire ni sangloter. Parce que ce pays croit en la réconciliation du passé et du présent, il a gardé un portail d’entrée pour que se souviennent ceux qui s’intéressent à ces traces-là, qui croient aux fantômes et aux histoires qui ne meurent jamais. Pour les autres, c’est l’entrée d’un beau square, en pleine capitale, et ils viennent s’y promener, s’y reposer, admirer le ciel ouvert, si bleu, si calme. Ils viennent en famille, avec leurs propres enfants et c’est aussi ça, ce pays, un jardin sur des anciennes larmes, des fleurs sur des morts, des rires sur des vieux chagrins."

"ça sent le chou, la sueur, le métal, les souffles rances, et si les sentiments avaient une odeur, ça sentirait la tristesse, la peur, le désarroi, la colère."

paroles

"Parfois, on aimerait savoir, n'est-ce pas, la nature exacte des paroles: leur poids sur les âmes, leur action insidieuse sur les pensées, leur durée de vie, si elles sucrent ou rendent amers les coeurs."

soleil

"Dehors, il y a un mince rayon de soleil qui tombe dans le jardin et Loup est le seul à l'apercevoir. Il s'imagine sortir et tenir ses mains en écuelle l'endroit exact où tombe les rayons."

médecin, âme, docteur

" Pendant ses insomnies de plus en plus fréquentes, il essaie de se souvenir d'un acte médical précis, d'un patient particulier qui lui aurait apporté une satisfaction particulière, mais c'est une foule de visages et de gestes qui lui revient. Un amas flou, pâle et un peu triste. Qu'aura-t-il accompli, vraiment, pendant toutes ces années ? A t-t-il, une fois, ne serait-ce qu'une fois, consolé durablement le coeur d'un patient, soulagé par autre chose que des calmants la douleur insondable de l'âme ?"

" Il n'y a personne dans la salle de consultation numéro un quand le docteur Michel revient et il la cherchera partout..Il s'enfermera dans son petit bureau et se sentira comme un enfant abandonné. Serait-ce ainsi sa vie sur terre alors ? A passer sans laisser la moindre trace, la moindre empreinte ? Oh, sûrement que Phénix parlera de lui à Loup, n'est -ce pas ? C'est le docteur Michel qui t'a mis au monde ! Tout n'est pas perdu, il ne sera pas complètement oublié. Parce que ce n'est qu'ainsi que les hommes comme lui, seuls, sans enfant, sans foyer ont une chance de durer. En entrant dans les histoires, les anecdotes des familles, en arborant l'aura de ceux qui ont aidé au passage d'un monde à l'autre, de ceux qui ont été là dans les moments de vérité."

 

odeur, sentiment

" Il inspire profondément. Elle sent la sueur, le fer, l'essence et, étonnament le jasmin. Toute sa vie, le docteur Michel a évité les odeurs prégnantes, ces odeurs qui disent comment on vit, comment on aime..."

 

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25 novembre 2019

Jeu blanc

 

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sourire

" La soeur sourit. Ce sourire était effrayant parce qu'il n'yavait pas de rire dans ses yeux. Ils étaient d'un bleu pâle et froid comme, comme ceux d'un husky..."

hockey

" Lorsque le sifflet retentissait, ils tournaient comme un seul homme. Certains tombaient sur la glace, jambes écartées, poitrines haletantes. D'autres essoufflés, s'adossaient à la bande devant moi. Leurs visages brûlaient d'enthousiasme et de joie, leur respiration rappelait l'air qu'expulsent les mustangs. Le piétinement des lames de leurs patins me rappelait les sabots sur le sol gelé. C'était ça, ce sport, ce rassemblement de frères, de proches, unis par la plénitude de l'effort, le défi et la tension, respirant l'air qui s'élevait de la surface glaciale d'une patinoire sous un sinistre soleil."

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11 novembre 2019

Le petit joueur d'échecs

 

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échecs, hasard

" Il ne faut jamais déplacer une pièce sans raison. Tu vois ? Il faut bien réfléchir. Sans renoncer, avec persévérance, et c'est à partir du moment où tu penses que rien ne vas plus qu'il faut réfléchir encore plus et te décider. C'est cela l'important. Le hasard n'est jamais un allié. Arrêter de réfléchir c'est perdre. Allez, réfléchis encore un peu."

" Au début, le garçon se trompait souvent dans la manière de déplacer les pièces...Alors le maître, sans jamais se fâcher, se contentait de lui dire posément :  - Ah, celui-là on ne peut pas le déplacer ici. Le ton de sa voix, au lieu de corriger une faute semblait signifier qu'il était désolé mais que dans l'univers des échecs cette règle existait. Grâce à quoi le garçon n'avait plus peur de se tromper.Il n'avait pas à se sentir intimidé. En commençant par déplacer les pièces librement, il se préparait petit à petit à plonger dans la mer des échecs."

 

"Sur l’échiquier, apparaît tout du caractère de celui qui déplace les pièces…….. Sa philosophie, ses émotions, son éducation, sa morale, son ego, ses désirs, ses mémoires, son avenir, tout.On ne peut rien dissimuler. Les échecs sont un miroir qui donne une idée de ce qu’est l’homme..."

"Tous les soirs, le garçon racontait les échecs ...........

.......Le roi est le père, le personnage le plus important. Tous les membres de sa famille travaillent ensemble à sa protection.
Dans la famille, c'est la mère, autrement dit la dame, qui est la plus puissante.
Sa fille aînée, le fou, et sa fille cadette, la tour, sont des alter ego de leur mère qui est une maîtresse femme, et les fils aînés, les cavaliers, sortent pour effectuer à la place de leur mère, le travail que celle-ci ne peut pas faire....

.........Tu ne trouves pas ça bizarre ? Enfin, si le père est aussi important, il doit pouvoir protéger sa famille, au risque de se sacrifier le premier ?
Alors que, jusqu'à la fin, on ne lui fait aucun mal.
C'est la dame, la mère, qui se donne le plus de peine.
C'est pour ça que je ne peux pas accepter l'idée que le roi soit le père.

Moi, je pense comme ça : le roi est le vieux chef du village, il connait les lois, les traditions, les préceptes, et possède la force de venir au secours du monde. Mais puisque c'est un très vieil homme qui est peut être âgé de plusieurs centaines d'années, il ne peut pas bouger beaucoup.
Il arrive seulement à se déplacer tant bien que mal jusqu'à la case voisine.
C'est ainsi que les jeunes du village s'entraident pour protéger la sagesse du vieil homme.
Chaque jeune est chargé d'un rôle particulier.
S'il y en a qui aiment partir à leur guise dans toutes les directions, d'autres peuvent même voler à travers le ciel.
Tout en se complétant l'un l'autre, ils effectuent les ordres qui leur sont donnés.
Ce n'est pas le hasard qui les fait gagner mais la force qu'ils déploient sans arrière-pensée."

bouche

" La bouche est bien quelque chose qu'on a en trop...C'est bien pour ça que moi aussi je bavarde bêtement de cette façon...Ceux qui ont une bouche quand ils l'ouvrent ne parlent que d'eux mêmes. Moi, moi, moi. Le plus important c'est toujours moi. Mais aux échecs, on n'a pas besoin de soi, tu sais. Ce qui apparaît sur un échiquier est impossible à expliquer avec des mots humains. Se raconter avec sa bouche stupide, c'est comme si on gribouillait dessus."

mort

" Le décès fut attribué à une intoxication au monoxyde de carbonne.....Le petit joueur d'échecs était mort asphyxié sous l'échiquier en pensant à Miira. Les joues de tous ceux qui meurent ainsi asphyxiés prennent-elles cette jolie couleur rose ?"

" Tu as raison. Les creux, les taches et les estafilades qui restent sur un meuble sont les souvenirs de ceux qui les ont utilisés. C'est pourquoi ton papi, quand il répare les meubles, il leur fait la conversation. Ah, c'est donc ça ? se dit le garçon en réalisant que si son grand-père était taciturne, c'était parce qu'il parlait avec les morts."

" Le grand-père était ébéniste...et il était spécialisé dans la réparation de meubles cassés. Cela aurait sans doute été plus agréable et gratifiant pour lui d'en fabriquer de nouveaux, pensait le garçon qui ne comprenait pas pourquoi il ne s'occupait que des vieux. - Les neufs sont trop plein de vie. Son grand-père ne parlait jamais pour ne rien dire. - C'est justement ceux qui sont un peu fatigués qui ont besoin d'attention."

 

 

 

 

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