Orpailleur littéraire, voilà ce que je suis. Les livres sont pour moi des rivières dans lesquelles je cherche des paillettes d'or. Mon trésor à moi ce sont les citations que j'extrais de mes lectures, ce sont mes pépites!
"Vu de près, pris dans le cours ordinaire, on ne voit rien de sa propre vie. Pour s'en saisir, il faut s'en extraire, effectuer un léger pas de côté. La plupart des gens ne le font jamais et ils n'ont pas tort. Personne n'a envie d'entrevoir l'avancée des glaces."
"Je sais que c'est ce dont j'ai besoin. Me délester, sentir. M'oublier, m'ouvrir. Recueillir. Laisser le soleil chauffer ma peau, l'air pénétrer mes poumons, l'eau me diluer. Sentir battre en moi un cœur régulier."
secte
"Parfois je me dis que je suis devenue la cliente idéale pour une secte, quiconque me promettrait le repos, la paix intérieure me verrait rappliquer et lui baiser les mains de gratitude."
"Ce qui abonde le plus sur terre, c'est le paysage.
Le reste a beau manquer, le paysage a toujours été généreusement présent, abondance que seul un infatigable miracle explique, dans la mesure où le paysage est sûrement antérieur à l'homme, et pourtant, malgré sa longue existence, il ne touche pas encore à sa fin.. Peut être parce qu'il change constamment.."
"Un paysage si vaste. Un homme peut y cheminer durant toute sa vie entière et ne pas s'y retrouver, s'il est né perdu"
pluie, eau"
C'était une pluie régulière, une de ces pluies qui dure des heures, qui tombent et inondent, une pluie qui arrive et ne repart plus, et quand la terre n'en peut plus de tant d'eau,
plus personne ne se soucie de savoir si c'est le ciel qui nous mouille où la terre qui nous trempe.
ciel, réflexe, rural
La femme regarde le ciel, c'est un ancien réflexe rural que de lire cette page ouverte au dessus de la tête..
malheur, famille, mère, fils
La femme avance encore, patinant dans la boue, elle ne peut pas courir, elle réveillerait l'enfant, le monde est ainsi fait que les uns ne s'aperçoivent pas du malheur des autres, même quand ils sont aussi proches que cette mère et son fils.
nuit, monde
La nuit tombait très vite. Vers le ponant il n' y avait plus qu'une ultime lueur terne qui rougeoyait enfin et, à peine rouge, déjà s'éteignait, la terre silencieuse et emplie d'échos se transforma en un puits noir, comme le monde devient vaste quand tombe la nuit.
questions, vie, âme, revenants
"Pas une lumière n'était visible à des lieues à la ronde. La femme se signa, traça un signe de croix au-dessus du visage de l'enfant. A ces heures-là, il vaut mieux que le corps se défende et que l'âme se protège, les revenants se mettent à hanter les chemins, ils passent dans un tourbillon ou s'asseyent sur une pierre dans l'attente d'u voyageur à qui ils poseront les trois questions auxquelles il n'y a pas de réponse, qui es-tu, d'où viens-tu, où vas-tu ?."
mot, solitude
un mot ne vient jamais seul, même le mot solitude a besoin de quelqu’un qui en souffre…
« Ecrire, c’est à peu près comme se trouver dans une maison vide et guetter l’apparition de fantômes. » (citation John le Carré)
prison, silence, évasion, regard, mort, main
« Un homme a besoin de silence quand il sort de prison »
"Gilbert connaît le regard de ceux qui rêvent d’évasion. Il a appris à le repérer sur les détenus de Gradignan, et aussi sur son propre visage, quand il se voyait dans la glace de sa cellule. Il l’a deviné, intense, dans les yeux de Lina."
"Au contact de cette main et soupesant ce regard noir hérité de sa mère, j’avais songé que, face à un tel œil, à une telle main où rien ne tremblait, on n’avait pas le temps de voir la mort venir."
"J’observe sa main, son œil, ce couple parfait.
On ne sait, de la main ou de l’œil, lequel des deux commande. Des fils invisibles les relient. Gestes synchrones mille fois répétés, mille fois réussis, l’accord parfait de l’inimitable, de l’irréparable."
enfant, débrouillard, brouillard
« La vieille dit souvent devant lui qu’il est un enfant débrouillard. Comme il a de l’imagination...il a compris qu’il était un enfant « des brouillards ». Cette idée l’enchante.
Il pense que c’est plus facile pour se cacher. Il ignore que le brouillard se coupe au couteau.
étranger, inconnus
La maîtresse parle de tas de gens inconnus, des rois et des saints.
L’enfant a assez à faire avec les inconnus de la famille. Il lui suffit de penser à son grand-père ou à son père, ou simplement de se regarder pour rencontrer des étrangers.
amitié, mots, silence
"C’est une amitié sans phrases qui naît doucement...Il arrive que l’amitié manque de vocabulaire. C’est mieux ainsi, plutôt que de parler avec des mots usés."
"Nous sommes amis parce que nous partageons des silences."
fils, père
Il n’y a pas de mauvais fils, seulement des pères insuffisants.
chaleur, soleil
Il faisait bon, presque trop chaud déjà. Le soleil n’était pourtant qu’une rumeur d’oiseaux impatients devant la clarté qui montait.
bonheur, ciel
Peut être le bonheur est-il cette sensation où l’on se moque de la couleur du ciel.
"Etre artiste c’est chercher toujours et n’être jamais satisfait."
peinture, dessin, portraits, photographie
"Peindre ou dessiner, c’est l’action de se frayer un passage à travers un mur de fer invisible, qui semble se trouver entre ce que l’on sent et ce que l’on peut….Le mur est présent à chaque fois qu’un peintre prend son pinceau
ou son crayon, explique-t-il, quelque soit son expérience. Parfois, j’ai même l’impression que le mur devient chaque jour plus épais et plus haut. Bien sûr il y a la technique, l’habileté acquise par une pratique quotidienne,
On finit par apprendre quelques trucs mais.. On ne passe jamais de l’autre côté. Chaque jour on doit miner ce mur et le traverser à la lime, lentement et avec patience."
"Monsieur Vincent dit que la photographie, c’est pas comme la peinture. Les portraits peints ont une vie propre, qui vient de l’âme du peintre, et à laquelle la machine n’a pas accès, voilà ce qu’il m’a expliqué une fois.
Si j’en crois mon portrait, j’ai une âme bien paisible , monsieur."
"Je ne tiens plus aucunement à une victoire dans la peinture. Je cherche seulement par la peinture à me débrouiller dans la vie. J’ai accepté l’idée que ce que je fais n’aura peut être jamais aucune valeur."
"Peindre vite permet d’affronter l’angoisse, c’est aussi simple que ça. Se tenir face à la toile, c’est regarder le vide, c’est se jeter à l’eau, ni plus ni moins."
"La mission d'un peintre n'est-elle pas d'aller au-delà du visible ?"
rivière, eau, inquiétude, soucis
"Il quitte le chemin pour aller au bord de la rivière.
Il plonge son mouchoir dans l’eau si froide, s’humecte le front, boit à l’eau vive, baigne ses pieds après avoir remonté les jambes de son pantalon, sent la fraicheur bienfaisante envahir son être.
Dommage qu’il ne puisse se défaire aussi simplement des soucis et de l’inquiétude."
bonheur
"Comment se fait-il que jusque dans les moments les plus heureux une force contraire nous empêche de jouir du bonheur ?"
campagne, Oise, printemps
"La campagne bruisse de vie dans l’air du soir….
Il lui racontera le temps qui passe ici plus lentement qu’ailleurs, la lumière poudrée qui magnifie les paysages les plus modestes et rend tout précieux.
L’Oise qui serpente et va se perdre au loin, ses bords plantés de saules, les innombrables nuances de vert dans ce printemps éblouissant de vigueur de vie."
soleil, provence, fleurs
"Il voudrait lui offrir toute la Provence tout entière, les cyprès noir et or, la senteur de thym qui se répand aux alentours de la ville, le bruit entêtant des cigales,
le parler si sonore des habitants, le soleil blanc qui écrase tout de sa lumière."
"Il aime ces fleurs du Midi qui s’orientent vers le soleil, en adoratrices humbles et passionnées.
Il aime leur rotation fervente, mais aussi le fait que leur admiration se traduit par une immobilité modeste de leur divinité : leur cœur et leurs pétales ne sont rien d’autre qu’un hommage coloré et vibrant au soleil."
"Parfois les heures les plus sombres de notre passé nous reviennent sous une forme humaine."
autres
" Le puits où l'on puise la grâce s'épuise si on ne le partage pas avec les autres."
généalogie, ancêtres
" Nous nageons tous dans les eaux profondes de nos ancêtres"
gagnants, perdants
" La différence entre gagnants et perdants, c'est que les gagnants voient une pente qui les aidera à grimper au sommet là où les perdants voient une montagne."
passion , médiocrité
"Sans passion, nous sommes voués à la médiocrité."
divin, religion, culte, dieu
" Deux kilomètres plus loin je tombai sur une chapelle. Un écriteau sur la porte indiquait " Frappez et on vous ouvrira" Malheureusement le lieu de culte était fermé au cadenas et , lorsque je frappai, personne n'ouvrit. Cela reflétait parfaitement mon expérience du divin."
vie, autrui
" On ne peut jamais savoir quels courants puissants et troublés se cachent sous la surface apparemment calme de la vie d'autrui."
réussite, route, légende
" Certains prennent la route pour forger leur légende. D'autres finissent sur le bas-côté."
pauvres, riches
" Il y a bien trop de ces combattants de la cause sociale dont le premier objectif n'est pas d'élever les pauvres , mais d'abattre les riches."
"Lorsqu'on se regarde interminablement les yeux dans les yeux, il se produit un changement de qualité : on aperçoit ce qui reste caché à un regard qui glisse rapidement. Les yeux paraissent perdre leur enveloppe protectrice colorée et vous éclaboussent silencieusement d'une vérité qu'ils n'ont pas su retenir."
voix
" Une agréable voix féminine résonna dans la chambre. Bien qu'aujourd'hui rien ne pût être agréable à Paul Nikolaievitch, cette petite voix lui parut tout simplement délicieuse. - Nous allons prendre la température ! disait cette voix, et c'était comme comme si elle annonçait une distribution de bonbons."
humanité, contrainte
"Une des contraintes les plus assommantes de l'humanité, c'était que les hommes ne pouvaient pas se renouveler vers le milieu de leur vie en changeant radicalement d'occupation."
calomnie
" On sait bien que toute calomnie, une fois lancée, se répand comme la poudre. Ce n'est pas une trace sur l'eau, c'est un sillon dans la mémoire."
statistique
"- Pour piquer des hommes vivants avec vos seringues, faut pas compter sur moi ! - Et pour des statistiques médicales ? histoire de faire un peu semblant ? - Je respecte la statistique. quand elle n'est pas confidentielle !"
bande, groupe, juge
" Seulement il y avait aussi l'article 11, et l'article 11, ça veut dire appartenance à un groupe. En soi l'article 11 n'a pas à entraîner d'augmentation de peine. Seulement puisqu'on formait un groupe, fallait bien nous séparer en nous déportant chacun dans son coin, et à perpète....Au moins on ne pourrait plus se réunir comme avant !...Vous comprenez, maintenant ? - Mais alors.....(elle baissa la voix), en somme c'était, comment appelle t-on ça ? Une sorte de bande ? Brusquement Kostoglotov partit d'un grand rire sonore. Il s'arrêta et même se renfrogna tout à coup. - ça c'est formidable ! Vous êtes comme mon juge d'instruction, le mot "groupe" ne vous satisfait pas. Lui aussi il aimait nous appeler une "bande". Eh bien oui, nous étions une bande, une bande d'étudiants et d'étudiantes de première année..."
hasard
" - C'est ou la jambe ou la vie n'est-ce pas ? - Oui. Au petit bonheur. Mais peut être que ça pourra s'arranger tout seul ? - Non, Diomka. Le hasard n'a jamais construit les ponts. Le hasard ne mène à rien."
création, homme
" - Tu ferais mieux de te demander ce qui fait vivre les hommes . -Justement, je le sais. Ce qui fait vivre, c'est de créer. Et ça aide drôlement. On peut se passer de boire et de manger."
immortalité
" je voudrais encore, cher Nicolas, lorsque les chaleurs seront un peu retombées, m'en aller avec vous par le petit sentier qui mène à travers la steppe jusqu'à la Tchou, et m'asseoir là où il y a un peu de fond, où on a de l'eau jusqu'au genou, m'asseoir sur le fond sablonneux, les jambes dans le courant, et rester ainsi longtemps, longtemps, rivaliser d'immortalité avec la grue qui se tient sur l'autre rive."
Mais, en règle générale, les tempêtes sont brèves, et c’est durant l’une d’elles que les feuilles disparaissent. Il n’y a pas beaucoup d’arbres sur l’île, mais il y a assez d » arbustes à baies, de bouleaux nains et de saules qui, à la fin de l’été, ont des feuilles jaunes qui virent au marron et au rouge à des vitesses variées, si bien que l’île ressemble à un arc-en-ciel sur terre pendant quelques jours de septembre. Elle garde cette allure jusqu’à ce que cette petite tempête attaque les feuilles par surprise et les emporte dans la mer, et métamorphose Barroy en un animal loqueteux à fourrure marron. Elle va rester ainsi jusqu’au printemps, si elle ne ressemble pas alors à un cadavre aux cheveux blancs sous les rafales et la grêle, quand la neige violente arrive , disparaît, revient encore et forme des congères comme si elle tentait d’imiter la mer sur terre.
silence, île, mots, visiteur
"Sur une île, le silence est plus brutal que celui qui peut s’abattre sur la forêt, sans prévenir. La forêt est souvent silencieuse. Sur une île, il y a si rarement du silence que les gens s’arrêtent net, regardent autour d’eux et se demandent ce qui se passe. Le silence les étonne. Il est mystérieux, presque chargé d’espoirs, c’est un étranger sans visage vêtu d’un manteau noir qui arpente l’île à pas feutrés. […] le silence sur une île n’est rien. Personne n’en parle, nul ne s’en souvient, tellement il marque les esprits. C’est l’infime aperçu de la mort tant qu’ils sont encore en vie."
"Sa durée varie selon les saisons, le silence peut durer longtemps dans le gel de l’hiver, comme lorsqu’il y avait de la glace autour de l’île, mais celui de l’été est toujours comme une petite pause entre un souffle de vent et un autre, entre le flot et le jusant, ou pendant ce miracle qu’est l’instant où l’homme cesse d’inspirer avant d’expirer..... Mais le silence sur une île n’est rien. Personne n’en parle, nul ne s’en souvient, tellement il marque les esprits. C’est l’infime aperçu de la mort tant qu’ils sont encore en vie."
"Il arrive qu’ils aient des visiteurs des autres îles. On leur sert le café et à manger, on parle vite, on se coupe la parole car les mots s’accumulent chez les îliens et, un beau jour, il faut bien qu’ils sortent. Quand ils se sont vidés, ils rentrent chez eux et entassent de nouvelles phrases."
" Un visiteur crée un vide. Il montre aux îliens qu'il leur manque quelque chose, que ce manque existait aussi avant sa venue, et qu'il va continuer."
tempête
" Elle n'aime pas ces tempêtes, les craquements de la maison, les coups de trompette dans le conduit de la cheminée, l'univers entier qui se déchaîne, le vent qui lui extirpe l'air des poumons quand elle accompagne sa mère à l'étable, le vent qui lui assèche les yeux et la pousse contre les murs et les arbres voûtés, qui force toute la famille à rester dans la cuisine et dans la grande pièce, où ils n'arrivent pas à fermer l'œil."
absence, temps
"l'homme qui vient de rentrer est content de voir que rien n'a changé, car c'est toujours celui qui s'absente qui préfère que le temps s'arrête."
« La mort du présent n’est rien: c’est la perte de l’avenir en soi qui est déchirant » …
pauvreté
"Elle, silencieuse, songeait que la pauvreté est comme un mal qu'on endort en soi et qui ne donne pas trop de douleur, à condition de ne pas trop bouger. On s'y habitue, on finit par ne plus y prendre garde tant qu'on reste avec elle tapie dans l'obscurité; mais qu'on s'avise de la sortir au grand jour, et on s'effraie d'elle, on la voit enfin, si sordide qu'on hésite à l'exposer au soleil."
prénom, printemps
" Florentine, pensa, t'il, était une appellation jeune, joyeuse, comme un mot de printemps, mais le nom, après ce prénom, avait une tournure peuple, de misère, qui détruisait tout son charme. Et c'était probablement ainsi qu'elle était elle-même, la petite serveuse du Quinze -Cents : moitié peuple, moitié printemps gracieux, printemps court, printemps qui serait tôt fané."
guerre, esclaves
" À louer", il lui apparut que ce n'était pas qu'aux maisons qu'il aurait fallu poser cette affiche. Elle collait aux êtres. À louer, leurs bras ! À louer, leur oisiveté ! À louer, leurs forces, et leur pensées surtout, qu'on pouvait dénaturer à souhait, entraîner comme par le vent dans la direction voulue. Prêts à tous les hasards, leur lointaine énergie inutilisée pendant tant d'années, et leurs espoirs engourdis. Prêts comme les maisons pour l'inconnu. Sortant du dégel, de la moisissure ! Prêts à cet appel qui passait les frontières et se propageait plus vite que le son du tocsin. Prêts pour la guerre."
cœur, indifférence
" il avait bien devant lui la troublante indifférence du cœur humain à l'universalité du malheur; une indifférence qui n'était pas calcul, ni même égoïsme, qui n'était peut-être pas autre chose que l'instinct de conservation, oreilles bouchées, yeux fermés, de survivre dans sa pauvreté quotidienne."
rue, laideur, arbres, brouillard
"La rue, déserte et laide, retenait toute la mélancolie de ce jour souffrant."
" Plus tard, il traversait la place Guay profondément endormie, avec ses fantômes d'arbres qui jetaient sur la pierre leurs ombres inquiètes. Un brouillard léger, de fine pluie comme il y en a au printemps, les diluait."
" La première fois que j'ai entendu prononcer son nom, j'étais assis en tailleur sous une table de jardin, dans un lieu qui n'existe plus : mon enfance." (à propos de Bobby Fischer)
échecs, peur
" Il faudrait analyser l'instant où le monde s'est éteint dans son esprit et où seul est restée allumée une lumière qui éclairait un échiquier." (à propos de Bobby Fischer)
" A cache cache, il gagnait toujours. Il faut dire qu'il y jouait seul. Il n'était pas entouré d'amis, il n'y avait personne, pas même un enfant qui aurait compté jusqu'à vingt, le visage dans les paumes de ses mains. "Trouvé Bobby ! Dans le buisson !" On ne lui a jamais dit ce genre de choses. Parce que lui, à cache-cache, il y jouait pour se cacher, pour tenter de disparaître. Et puis, même en compagnie, il restait inaccessible. Il était quoi qu'il en soit plus loin que l'endroit où il se trouvait. Même quand il était assis, où se tenait-il, en réalité ?" (à propos de Bobby Fischer)
" Le championnat du monde d'échecs, qui est sans le moindre doute une guerre mondiale, n'est jamais non plus comptabilisée en tant que telle. On se trouve dans le royaume opaque et invisible des guerres non déclarées, voilà où on est."
" C'est une très belle chanson....elle s'intitule can't get out of this mood. Je n'arrive pas à sortir de cet état d'esprit. Quel état d'esprit ? Celui sur lequel Nabokov aussi s'interrogeait en référence à son Loujine. Celui qui porte un enfant de sept ans à éteindre le monde et à ne laisser qu'une seule chose éclairée : un échiquier."
" Et avec lui, coup après coup, il invente une langue que seule cinq ou six personnes au monde, peut être, comprennent pleinement; la langue chiffrée des dieux des échecs, élevée au rang du mythe. La mélodie issue de leur lutte harmonique est très douce. Comme le chant des baleines. Le parfum du printemps. L'aurore boréale. Personne ne sait comment ça se produit; ce sont des choses que personne ne comprend vraiment, mais dont tous peuvent s'émerveiller. Et le monde est stupéfait. Ce à quoi il assiste est une forme d'art et de beauté. Le sublime. Un volcan en éruption. Le rouge qui teint le ciel. La mer qui paraît de verre. Il en émerge une beauté comme ça : des codes de géométries esthétiques. Pendant vingt huit coups."
" La peur ? Qu'est-ce que c'est la peur ? Il n'existe pas de partie d'échecs qui en soit exempte. Toutes sont faites de peur. C'est un élément fondateur de ce jeu."
" Les combinaisons qu'il arrive à calculer cette nuit sont au nombre de dix. Ou plutôt dix à la puissance quarante-cinq. a savoir dix suivi de quarante cinq zéro. Je ne sais pas le dire, un tel chiffre, ce serait impossible (*). Et le penser, n'en parlons pas. C'est le nombre impossible, supérieur même à celui des neurones de notre cerveau et des étoiles de notre galaxie. 10 puissance 45. Il y a moins d'étoiles et de neurones que de coups calculés par Fischer cette nuit, en attendant l'aube." (*) (C'est pourtant ce que sont les échecs : le nombre de combinaisons des 32 pièces sur les 64 cases est compris entre10 puissance 43 et 10 puissance 47; le nombre de parties possibles est d'environ 10 puissance 123. Les grains de blé du monde entier ne suffisent pas..)